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    Pologne : fragments de voyage

     
     
    V. Varsovie la mutilée
     
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    De son nom polonais : Warszawa (prononcer Varchava).
    J'aime ce nom, il est doux à prononcer. Il me fait penser à une mère sur qui on peut s'appuyer, qui sera là quoi qu'il arrive, rassurante, aimante.
    Aucune autre ville n'a autant souffert pendant la guerre que Varsovie. Les allemands en partant, ont déversé sur cette cité toute la haine qui leur restait et l'ont quasiment entièrement détruite. Ce qui fait que maintenant, pour beaucoup de touristes, elle n'a que peu d'intérêt car reconstruite. Je me suis laissée influencer par ces discours et je n'ai passé ici que deux demi-journées. Une en arrivant de Gdansk pour repartir sur Bialowieja, et une autre pour reprendre le bus qui allait me ramener en France. . C'est vrai que Varsovie est une immense ville, de presque 2 millions d'habitants, avec un centre historique minuscule comparé à ses autres soeurs polonaises bien plus petites qu'elle en surface. Pourtant ... pourtant lorsque je suis arrivée sur le rynek (place), mon coeur s'est serré et j'ai pleuré. Il y a là des photos de Varsovie avant la guerre, et après la destruction. C'était terrible, il n'y avait plus rien que des décombres. Je me suis demandée comment on pouvait avoir le coeur rempli de tant de haine. j'ai vu, l'espace d'un instant, des hommes déchaînés, enivrés par la vengeance, poser des bombes partout , j'ai ressenti pendant quelques secondes ce que tous ces polonais avaient pu ressentir en voyant toute leur vie personnelle et leur histoire aussi, détruite, d'un simple clic sur une machine, eux qui avaient déjà tellement souffert durant toutes ces années. Et puis je suis revenue et j'ai regardé les gens : la vie continue, quoi qu'il arrive, il faut que la vie s'épanche et rien ne peut l'empêcher de couler. La vie est au delà de ces destructions, au delà de ces souffrances et Varsovie l'a compris, en reconstruisant à l'identique tout ce que des fous avaient essayé de faire disparaître à jamais. Non pas pour essayer d'oublier, je ne crois pas ... car on oublie jamais, mais peut-être pour montrer que rien ni personne ne peut éteindre une lumière si elle ne le décide pas elle-même. Quelle force, quelle puissance de vie. Et même si cette ville est pour certains comme une femme qui aurait fait mille chirurgies esthétiques, elle est incroyablement émouvante et je l'ai aimée.
     
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    Pologne : fragments de voyage

     
     
    IV. Généralités et ressentis 
             
     
    Gdansk :
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    A priori, au début j'ai trouvé les gens un peu rudes et comme je suis aussi timide, ce qui me rend parfois assez rude également, je ne suis pas restée sur cet a priori. J'ai essayé de me mettre à la place d'un touriste étranger qui débarque en France. Peu de gens parlent une autre langue dans notre pays. Dans les petites villes et villages, prendre un billet de train, de bus, aller chez l'épicier, essayer d'avoir des infos sur des sentiers de randonnée... doit être aussi malaisé qu'en Pologne. J'ai d'ailleurs demandé à des touristes qui avaient fait la France sans parler la langue, de me raconter un peu leur expérience et ce n'avait pas été non plus du gâteau pour eux.

    En Pologne se sont la plupart du temps les jeunes gens qui parlent une autre langue. A chaque fois que je me suis retrouvée à prendre un billet dans une gare ou à demander mon chemin, je me retournais pour voir s'il n'y avait pas un jeune susceptible de m'aider, après bien entendu avoir d'abord demandé à la guichetière si elle parlait anglais ou italien ou français ! On m'a parfois répondu : deutch ou bien russian. Ben oui mais pas moi, zut alors ! Et lorsque personne ne pouvait m'aider, j'avais affaire soit à des guichetiers bourrus qui ne voulaient même pas essayer de trouver un moyen pour nous entendre et que du coup je forçais à écouter, soit des gens bienveillants que ce petit ennui amusaient et cela devenait beaucoup plus léger pour moi. Le stylo et la feuille ont toujours été d'un grand secours. Et si la conversation se passait dehors et que personne n'avait les 2 objets magiques, écrire avec son pied dans la terre ou dessiner dans l'espace avec ses mains étaient également très utiles. Le truc aussi qui m'a toujours épaté c'est que parfois il suffisait juste de l'intonation de la voix pour comprendre ce que l'autre demandait, comme une évidence. J'ai eu également souvent à faire à de jeunes gens qui spontanément se présentaient à moi pour m'aider lorsqu'ils voyaient mon regard égaré parcourant l'espace ! Mais ce que je pardonne ailleurs, me reste un peu en travers de la gorge à Zakopane étant donné que c'est hyper surchargé en tourisme étranger et que je considère que les agences se foutent vraiment des gens en ayant même pas formé un minimum leur personnel.

    Wroclaw :
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    J'ai très souvent mangé dans ce que le guide du routard appelle les "bars à lait". Petites cafétérias où le menu est affiché en polonais. C'est vraiment bien pour d'une part manger à très bon marché, manger bon malgré tout et surtout manger polonais. Pour choisir, je me basais la plupart du temps sur ce que les gens avaient déjà dans leur assiette et cela a souvent été l'occasion d'échanges de sourires entre les serveuses et moi. Et puis il y a des mots, ceux qui sont essentiels, tels "thé", "sucre", "crêpe banane-chocolat" ... qu'on finit par mémoriser. Ces petits restos sont chouettes également parce qu'on peut s'installer à n'importe quelle table, qu'il y ait déjà du monde ou pas. C'est vraiment l'occasion, lorsqu'on parle la langue, de communiquer avec les gens du coin. Tous les types de public fréquentent ces établissements, aussi bien les gens démunis que les jeunes cadres dynamiques. Je m'en tirais pour environ 5 euros par repas. Pour donner une idée de comparaison, le prix en général des toilettes publiques en Pologne se situe entre 1 et 2 zlotys, je les ai assidûment fréquenté !!!. Et c'est le prix de certains plats dans les "bars".

    Pour en revenir à la barrière de la langue, il était difficile aussi d'avoir des infos sur des endroits parce que dans les offices de tourisme les gens ne parlaient pas non plus forcément l'anglais. En fait, ne pas parler polonais est mon seul regret durant ce voyage. Je sais qu'on ne peut pas connaître toutes les langues du monde et peut-être que j'y attache plus d'importance qu'ailleurs parce qu'il y a de la Pologne en moi, mais j'aurais vraiment aimé pouvoir échanger avec les gens de ma génération et plus sur l'histoire passée. J'ai l'impression d'être un peu passé à côté de l'âme de ce pays. Les échanges avec les gens se sont beaucoup faits à travers des sourires et des rires, et j'ai aimé ces moments aussi qui sont toujours d'une grande douceur et finalement d'une grande ouverture des deux côtés. Moments où à travers cela, vous dites et l'autre vous dit aussi : "j'aimerais communiquer avec toi, je voudrais connaître de toi, alors faute de mots, je t'offre ce que j'ai de meilleur à ma façon".
    Je suis quand même en train de me renseigner pour voir si je peux prendre des cours à Lodève, je crois que c'est important pour moi.
     
                                                                                            Varsovie :
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    J'ai été très agréablement surprise de constater que de nombreux polonais visitent leur pays, et pas seulement des immigrés rentrés pour les vacances. Je dirai même qu'ils n'étaient pas la majorité. La Pologne est un pays que j'ai trouvé cher, seuls la nourriture et les transports sont bon marché pour nous et j'attribue ce tourisme intérieur au développement de la classe des nouveaux riches. En discutant avec les jeunes polonais, ceux-ci m'ont dit que le salaire moyen se situe aux environs de 1100 zlotys, moins de 500 euros. Impossible avec ça de se ballader, l'essence est aussi chère qu'en France pratiquement. Bon c'est vrai que la dernière Opel Corsa était en promo à 18400 zlotys, environ 6000 euros et ici la pub était à 10 000 euros ! C'est vrai aussi que j'ai rencontré beaucoup de polonais dans les auberges de jeunesse, je ne sais pas ce qu'il en est des hôtels de luxe. Et il est vrai aussi qu'on trouve parfois des tarifs pour polonais et des tarifs pour touristes étrangers.

    La Pologne est très européanisée. Je suis partie sans idée préconçue de ce qu'il pouvait en être et j'ai été assez surprise de discours de touristes qui s'attendaient à se retrouver dans un pays très austère. Les jeunes filles sont très "lolita", il y a abondance de tout partout. Par contre, pour les fumeurs de tabac à rouler, un conseil : si vous trouvez un kiosque qui vend votre marque préférée, surtout faites le plein parce qu'il n'est pas évident ensuite de retomber sur un autre. En tout cas c'est valable pour le Drum ! Par contre au niveau cigarettes, il y a de tout et pas cher.
    Au moment où j'y étais, j'ai constaté que la plupart des grands axes où je suis passée en bus étaient en réfection. Beaucoup de travaux sur les routes un peu partout donc pas mal d'embouteillages. Les gens conduisent comme des dingues. Afin de doubler, ils klaxonnent la voiture devant qui se range sur le bas-côté et s'il y a une voiture en face, celle-ci sait qu'elle doit aussi se ranger sur le bas côté, un truc de fou ! Les gens sur les passages piétons sont très disciplinés, et vu comment les conducteurs roulent je comprends. Ils attendent vraiment que le petit bonhomme passe au vert pour s'engager, moi je n'y arrive pas.
     
    Poznan :
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    J'ai également beaucoup aimé tous ces musiciens dans les rues, surtout violonistes. Je comprends maintenant pourquoi j'avais choisi le violon lorsque j'étais ado. De grands violonistes ou des débutants s'exerçant dans la rue. Mais le son de cet instrument, les musiques jouées allaient si bien avec ce pays et retranscrivaient de manière si juste son âme. C'était à la fois très nostalgique, très doux et plein d'énergie. Enfin c'est de cette manière que je l'ai ressenti.

    A Wroclaw, un polonais, le seul que j'ai trouvé avec un charme fou et qui parle le français car il y a vécu 10 ans, me disait que la France était le seul pays dans le monde d'une richesse extraordinaire au niveau de la culture. Je ne suis pas sure qu'on puisse avoir ce type de classification. La Pologne a été beaucoup meurtrie tout au long de son histoire, beaucoup envahie ce qui fait sans doute que maintenant les gens sont assez nationalistes mais il y a surement dans tout ça un métissage très riche qui s'est fait, quelque chose qui fait que ce pays est unique et magnifique aussi sous d'autres aspects.

    Dès mes premiers pas dans ce pays je l'ai aimé, il y a quelque chose ici de très touchant à la fois dans la rudesse et dans la grâce, quelque chose de très beau que je ne sais exprimer
     
    Bialowieja :
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    Pologne : fragments de voyage

     

     III. L'enfer est à Zakopane

     

    Je décide samedi de partir pour les Carpates. Rien que le nom me fait rêver. J’ai bien lu sur internet que les auberges de jeunesses et autres sont pleins mais je ne me dis pas que c’est peut-être un signe que me fait la vie parce que j’ai lu que bien souvent, des habitants louant une chambre chez eux, attendent les touristes dans les gares, donc je ne me fais aucun souci.

     

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    Déjà, le bus qui doit partir de la gare routière de Cracovie à 14h30 n’arrive jamais et au bureau d’informations ils sont incapables de savoir où il se trouve ! Je décide donc, avec un couple de français rencontré sur le quai, de monter dans celui de 15h30. Le trajet est sensé durer 2 h, nous mettrons à peu-près 3h30 pour arriver, des travaux sur les routes créant des embouteillages gigantissimes. Il pleut des cordes.

     

    En descendant à Zakopane je pense que tout est réglé car je réussis à négocier par stylo interposé avec une femme qui loue des chambres. Mais elle a cru que les 2 autres venaient avec moi et quand elle s’aperçoit de sa méprise, elle pousse des hauts cris en polonais dans la rue. La seule chose que je comprends c’est qu’elle ne veut absolument pas de moi car je suis seule et je ne vais pas lui rapporter assez d’argent. Et aucun des autres posté là pour appâter le touriste ne veut de moi non plus. Il est 19h, tous les offices de tourisme et autres bureaux qui pourraient m’aider à trouver une location sont fermés. La pluie ne veut pas s’arrêter. Heureusement un très jeune couple à qui je demande un renseignement essaie de trouver une solution avec moi. Ils se plient en 4 pour m’aider, appellent tous les hôtels avec leurs portables mais tout est archi-complet. Pour déconner je leur propose d’aller voir dans l’hôtel le plus cher de la ville quel est le tarif pour une nuit. Lorsque le gars derrière son comptoir m’annonce le chiffre, je lui demande si pour payer ma nuit il m’autorise à faire le ménage et la vaisselle. Je plaisante à moitié. Je suis agacée, j’en ai marre alors finalement je décide de prendre la chambre pour le week-end. Je m’étais toujours dit qu’un jour j’aimerais goûter aux plaisirs d’un hôtel de luxe, juste pour voir comment ça fait ! ben voilà, ce jour était visiblement arrivé. Au début je suis un peu affolée du trou dans mon budget mais au bout de quelques temps à ruminer, je choisis le verre à moitié plein plutôt que le contraire. Après tout je suis là, c’est fait, autant en profiter sainement pour le moral. Une grande chambre pour moi toute seule avec une grande salle de bain et une terrasse, une télé mais ça je m’en fiche, piscine, jaccuzi, sauna avec choix entre 3 différents : je choisirai celui qui fait disparaître la cellulite ! On me remet un peignoir tellement moelleux qu’on a envie de dormir dedans, des petits dejs gargantuesque avec des salades de fruits frais. Lorsque finalement je mets mon nez dehors à 14h, je découvre une ville pour laquelle Jean-Paul II a dû faire des cauchemars. Déjà un monde de dingues partout, on se croirait à la foire du trône, et aussi une débauche de restos et autres boutiques vendant les trucs les plus stupides qui peuvent exister pour touristes. Et c’est comme ça partout, c’est une horreur. Mais je suis là pour les montagnes qui ne sont pas très loin. Je me suis inscrite dans une agence pour faire un périple d’une journée : balade sur la rivière, visite d’un château et d’une très vieille église classée au patrimoine de l’Unesco qui se trouvent bien en dehors de Zakopane. Je n’ai pas de moyen de locomotion, je me dis donc que cela peut être un bon truc. Et puis les sorties en groupe (à part celles du Peuple Voyageur !), je n’ai jamais fait donc pourquoi pas essayer.

     

    Le lendemain me voilà donc partie. Le gars du minibus ne parle pas un mot d’une autre langue que la sienne. Déjà ça m’énerve. Je veux bien qu’on se fasse du beurre sur moi mais je préfère me sentir respectée dans ces cas là. Nous sommes 3 touristes non-polonais et le gars n’essaie pas du tout de trouver un moyen pour nous faire comprendre ce qu’il raconte surtout pour faire passer les infos essentielles pour nous genre : il faut revenir au bus à telle heure. Nous sommes totalement transparents pour lui. A un moment donné je me place juste devant lui et lui demande en anglais ce qu’il est en train de raconter. Il est obligé de me voir et surtout d’écouter. Du coup ça l’oblige à trouver un moyen de communication : la feuille et le stylo. Nous descendons la rivière Dunajec pendant 3 heures je crois, sur un radeau. Les paysages sont beaux et qu’est-ce que la balade aurait pu être douce si le batelier n’avait pas été un incorrigible bavard. Il ne s’est pas arrêté, du début à la fin. Il y a des endroits où j’aime particulièrement goûter le silence mais lorsque je descends du radeau j’ai la tête fracassée. Il y a sur cette rivière des dizaines et des dizaines d’autres radeaux, c’est le truc pour touristes par excellence, et le pire, c’est que je ne ferai que des trucs comme ça durant les quelques jours passés là-bas !

     

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    Le lendemain je décide d’aller me balader un peu dans les montagnes. Je ne suis pas une grande randonneuse, juste une petite marcheuse. Je me dis donc qu’il serait pas mal de prendre le  téléphérique et de redescendre à pied. A 8h 30 je me place dans la file en me disant que l’attente est de l’ordre de la demi-heure, au pire de l’heure. Que nenni. La première heure passée je me demande si finalement je ne ferai pas mieux de monter à pied et de redescendre en téléphérique. Mais il y a comme un refus qui s’installe en moi de croire en la réalité ! Je commence à discuter en italien avec un napolitain qui se trouve dans le coin en vacances chez une copine polonaise. Le temps passe, ça fait déjà trois heures que nous attendons. C’est un truc de fou et finalement je me fixe le challenge de ne pas bouger d’ici tant que je n’aurai pas mon ticket en main. Je veux voir combien de temps je suis capable de rester dans une file à attendre, sans perdre mon calme. De toute façon il est trop tard pour envisager autre chose. Quand je disais plus haut que les humains sont masos ! L’attente durera 6 heures. Il y avait dans cette file 4 religieuses dont 2 très jeunes et jolies. Je ne peux m’empêcher de les observer en me demandant, même si cela peut paraître un peu trivial, comment elles peuvent faire pour résister à la chair masculine. Vivent-elles cette attente comme une longue méditation ? A quoi sont-elles donc en train de penser ? Aucune impatience dans leur regard, beaucoup de silence entre elles. Il fait très chaud et elles portent leurs grosses robes grises qui semblent si épaisses. Et puis c’est surprenant pour moi de voir des religieuses touristes.

    Je suis enfin à presque 2000 mètres d’altitude mais il est trop tard pour redescendre à pied. C’est magnifique et … surpeuplé.

     

    Le soir j’intègre l’auberge de jeunesse dans laquelle il y a enfin des places : la DOM Turysty PTTK. Après 2 nuits à m’être vautrée dans le luxe, je me vautrerai 2 nuits dans la crasse. A l’intérieur, cela ressemble à un centre de redressement pour mauvais communistes. C’est d’une austérité à faire peur. Une affreuse moquette noire et rouge tapisse les sols. Les salles de bain sont de grandes salles avec lavabos et miroirs comme dans les casernes. Ca pue partout. Je me retrouve dans un dortoir à 7 lits, complètement crado. C’est la première fois que je n’oserai pas dormir dans les draps mis à disposition par une AJ. Heureusement j’ai pris mon sac de couchage. Et ce ne sont pas des lits superposés. Ils sont disposés les uns à côté des autres, pas moyen de les bouger, il n’y a pas de place. Du coup je me retrouve en fait à dormir avec un gars. Jakup, 24 ans, étudiant à Wroclaw. Heureusement il parle anglais. Les autres gars sont de vieux polonais super sympas. On essaie de communiquer, cela nous fait rire. Ils ont l’air de ne pas comprendre que je ne comprenne pas leur langue et me répètent parfois plusieurs fois un mot, persuadés que forcément, je suis obligée de savoir ce que cela signifie.

     

    Le dernier jour passé dans cette région sera du même ordre que les visites précédentes : je décide d’aller à Morskié Oko, l’œil du lac. Un couple de polonais vivant en France rencontré quelques soirées plus tôt m’avaient dit que c’était un très bel endroit. Lorsque j’arrive à ce que je crois être un sentier, je vois déjà des centaines de voitures. Ensuite il s’agit d’un chemin bitumé et il y a des centaines de personnes. Je me résigne. Ok, ça peut pas être pire que les jours d’avant. La marche est très belle au milieu de cette forêt de sapins et lorsque j’arrive devant le lac, je m’applique à occulter les milliers de personnes qui sont là parce que le coin est vraiment très beau.

     

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    Bon, faut vraiment que je me casse d’ici le plus vite possible, j’en ai assez supporté !

     

    Pologne : fragments de voyage

     

     

    II. Les mines de sel de Wieliczka 

     

     

    Ceux qui me connaissent savent comme je suis attachée aux contes, aussi bien merveilleux que de sagesse, facétieux ou autres. Et c’est la légende rattachée à cette mine mais aussi les quelques magnifiques photos vues sur internet qui m’ont donné très envie d’aller visiter ces mines.

    Il y a 700 ans, un roi hongrois avait une fille ravissante prénommée Kinga. Elle tomba amoureuse d’un prince polonais qui lui offrit en gage de son amour un anneau de fiançailles. Mais Kinga, en partant avec son futur époux, perdit sa bague dans un puits situé dans une mine de sel offerte par son père. Lors d’une étape dans un petit village de Pologne nommé Wieliczka, la princesse demanda à ce qu’un puits soit creusé pour désaltérer ses gens et ses bêtes. Ceux qui creusèrent le puits ne trouvèrent pas d’eau mais remontèrent à la surface un énorme bloc de sel dans lequel se trouvait l’anneau perdu quelques centaines de kms plus loin. Légende ou pas, il n’empêche que depuis ce temps, les mines ont commencé à être exploitées et sont fermées depuis quelques années pour des raisons de sécurité.

     

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    Je ne me souviens plus du nombre de marches en bois que nous descendrons sous terre mais regarder en bas à travers les rampes donne déjà le vertige. Je me joins à un groupe avec guide car il n’est pas possible de visiter en individuel. Nous descendrons au final jusqu’à 130 mètres dans le corps de la terre. Nous traversons des galeries dans lesquelles se trouvent par exemple, les sculptures de sel de Kinga et son amoureux, très belles et très touchantes, des gnomes également sculptés, des salles retranscrivant la vie des mineurs. Je me dis, en écoutant notre guide nous raconter cette vie, que le monde est fou d’accepter autant de souffrances pour gagner le droit de se nourrir. L’humanité, dont je fais partie, a une capacité gigantesque à encaisser ce qui fait mal  et c’est parfois effrayant. J’essaie d’imaginer ce à quoi l’on doit penser lorsqu’on est enfermé sous terre pendant des jours durant et je n’y arrive pas car je crois que si j’avais dû vivre cela, je serais devenue soit folle, soit sage. Et intérieurement, je rends hommage à tous ces êtres, en Pologne ou n’importe où dans le monde, qui ont eu une vie si dure pour que le monde avance.

     

    J’avais volontairement omis de payer les 10 zlotys demandés pour avoir le droit de prendre des photos mais la guide nous informe qu’un gars attend patiemment tous les contrevenants et qu’elle dénoncera ceux qui n’ont pas leur ticket !

     

    C’est donc avant d’entrer dans le joyau de ces lieux que le gars nous attend. Le joyau, c’est la chapelle Kinga, toute en sel : les lustres, les sols, les escaliers, les murs, les sculptures, les statues, l’autel, les tableaux représentant des scènes religieuses. Les sculptures ont été faites à des époques différentes, par des anonymes ou de grands sculpteurs et il y en a même une du pape Jean-Paul II.

     

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    Ce lieu est magnifique, magique. Se retrouver seul ici doit être très impressionnant et j’aurais aimé le vivre. C’est spacieux, aéré, très doux au toucher, et très salé aussi !!! Il y a du divin ici et j’aimerais m’y attarder. Mais d’autres groupes arrivent et nous devons faire place nette.

     

    En tout 2 heures de visite dans le corps de la terre. En me dirigeant vers l’ascenseur qui nous ramènera à l’air libre, je me rends compte que j’ai hâte d’être en haut, de retrouver la lumière mais je suis heureuse d’être venue ici, surtout et avant tout pour la très belle visite de la chapelle Kinga.

     

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    Pologne : fragments de voyage

     

    Si l’envie subite de découvrir cette partie de moi-même du côté maternel ne m’avait pas prise, je n’aurais jamais pensé à partir en voyage en Pologne … et j’aurais eu tort !

     

    Partie à 7h de Lodève, arrivée le lendemain vers 17h à Cracovie, je suis crevée. Un jour et demi de bus non stop avec l’illusoire et folle espérance que la personne assise sur le siège d’à côté descendrait à Vienne, ben non, puis à Bratislava, ben renon, pour pouvoir allonger ce corps qui au fur et à mesure que les heures passent n’arrive plus à se soutenir et tombe parfois sur l’épaule ennemie et dont les longues jambes donnent des coups un peu partout pour essayer de trouver un peu d’apaisement.

     

    I. Cracovie la belle :

     

     

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    De son nom polonais : Krakow. Dès mes premiers pas dans cette ville, je l’aime et je m’y sens bien. Je ne saurais dire pourquoi. Bon, après avoir humé l’air de ce nouveau pays, Il faut que je trouve l’auberge de jeunesse. Surtout ne pas marcher, j’en peux plus je veux m’allonger le plus vite possible. Un arrêt de tramway : « Hum hum, djin dobré, is there anybody here who speaks english ?” Les regards se tournent vers moi, pas vraiment hostiles, simplement ennuyés d’être dérangés par un langage extra-terrestre, puis se dirigent de nouveau vers ce qui semble être le centre d’intérêt du moment : le sol ! Je me débats avec l’adresse, le plan, les arrêts indiqués et tout à coup un vieillard se penche sur mon livre, je pointe l’adresse et il me montre sur le panneau où je dois descendre. Vite il faut que j’arrive à me rappeler comment on dit merci. Pendant un jour et demi je me suis récitée le minimum à apprendre pour un voyageur : bonjour, merci, s’il vous plaît, au revoir, pardon mais en polonais c’est pas du gâteau, ou bien je vieillis, ma mémoire devient défaillante. Pourtant ce sont ces mêmes mots que j’avais appris à 5 ans, grrrr !  Ouf, djin kouyé pan, mille fois djin kouyé bardzo.

    J’adore les tramways polonais. De vieux tramways. Dès que je suis dedans et que je me place debout dans le sens de la marche avec mon sac sur le dos, plus personne ne peut passer tellement le wagon est étroit. «Ca fait 3 zlotys ». Ben non pani, pourquoi ? A l’arrêt c’est marqué 2,50 zlotys. Un jeune gars m’explique en anglais que si j’avais pris mon billet à la machine près de l’arrêt, j’aurais payé le prix indiqué. Bon ok, je saurais pour les prochaines fois.

     

     

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    Il fait beau, c’est la fin de la journée, une belle fin de journée. Ca tombe bien, je me rends au « Sun hostel », auberge de jeunesse réservée quelques jours avant le départ et située près d’un parc tout près du centre historique. Mais « située près d’un parc » ne signifie pas pour autant qu’il n’y ait pas une grosse avenue avec pleins de voitures pour vous empêcher de dormir, et aussi tous pleins de jeunes français tous plus fêtards les uns que les autres menant un joyeux (pour eux)  bordel toute la nuit. Suis-je en train de vivre une initiation à quelque chose qui m’échappe ? genre : Etes-vous capable à 42 ans de résister à quelque chose qui vous empêche de dormir 2 nuits d’affilée tout en restant très zen !!!

    Les auberges de jeunesse en Pologne sont mixtes. Très étonnant dans ce pays rempli d’églises.

     

    Le premier repas sera composé de pierogi, ces espèces de raviolis fourrés, soit au chou, à la viande, au fromage …. Je crois que durant ces 3 semaines je les ai tous goûtés, plus ou moins bons selon les restos.

     

    Le lendemain matin, j’emprunte une rue qui me conduit droit sur le rynek. Waouh, je trouve ça magnifique, cette grande place, même si je concède que Cracovie n’est pas la plus jolie ville de Pologne. Je me ballade, je m’arrête devant chaque détail, je suis en admiration. La sculpture de ce que j’appelle « la Pologne débaillonnée », me touche particulièrement. Je compare ce pays à une femme qui aurait été violée plusieurs fois et qui malgré tout a su rester « une femme debout » comme on dit en créole. Et même si je ne me sens pas polonaise le moins du monde, je me dis qu’il y a de mon histoire…  forcément, dans tout ça.

     

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    J’entre dans l’église. Rewaouh, c’est d’une beauté… Je ne sais pas décrire les choses alors je ne saurais pas parler de tout ce que je vois. Je le vis plus au niveau des sensations. Je m’assois un moment pour prendre le temps d’ingurgiter. Tout mon être est heureux, mon cœur est réchauffé et je suis réconciliée avec les 2 mauvaises nuits que je viens de passer !

    Je ressors et parcours la petite place derrière le Rynek. Deux religieuses passent, très en accord avec l’architecture des lieux, ça ferait une belle photo, que finalement je ne réussirai pas à prendre. Je reste longtemps sur ces lieux, je ne m’en lasse pas. Mais je dois dire que j’ai hâte d’aller visiter les mines de sel de Wieliczka dont la légende m’a fait rêver ! Après tout j’ai trois semaines et pas de projet en particulier, je pourrais continuer ma visite de Cracovie plus tard.
     
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    à suivre ...